Canada-US

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CANADA-US

6 mois, 22000 kilometres

Par Renaud Julian


Je suis casanier.

Je ne parle pas anglais.

Je n’ai jamais pris l’avion.

Et puis finalement, une rupture conventionnelle passe par là, une autre moins conventionnelle aussi d’ailleurs, puis la photo… la photo qui rend curieux, des lieux, des gens, de la lumière… la photo qui devient doucement mon métier et me donne envie de sortir de ma zone de confort, de partir, d’explorer… et franchement quoi de mieux pour explorer qu’un road trip à travers le continent nord-américain ?

J’ai donc pris mon sac à dos, mon PVT, et je me suis envolé pour Montréal, sans autre plan que de rejoindre San Diego un jour ou l’autre.
J’arrive en mai à Montréal, où l’hiver est bien fini et où le printemps érable et la révolution des casseroles agitent les jeunes et moins jeunes qui revendiquent et manifestent, parfois dans le plus simple appareil.
Après quelques mésaventures et surprises administratives, je deviens l’heureux propriétaire d’un Dodge Grand Caravan (renommé Prosper), qui m’accompagnera fidèlement pendant ce long road trip de 8 mois.

Il va être bien difficile de résumer ce road trip en quelques mots…
Je laisse le soin à mes photos de vous décrire ce que j’ai pu voir, et pour le reste…

Pour le reste je peux vous raconter les mouches noires du Saguenay et les moustiques de Banff qui m’auront laissé une forte impression… cutanée, l’attraction touristique relativement décevante qu’est Niagara Falls, les villes nord-américaines qui sont un paradis pour la street photo, le blast que j’ai vécu au Saskatchewan en contemplant ses plaines à perte de vue, l’Icefield Parkway et ses panoramas fabuleux sur les rocheuses canadiennes, les parkings de Wallmart qui m’ont vu camper partout sur le continent, les 6 mois de régime macdo, le passage de la frontière américaine à Port-Angeles et la fouille minutieuse de mon van par des agents hilares, la peur que j’ai eu de voir ma voiture se remplir de sable pendant une tempête dans la Death Valley, la contravention de 90$ pour mauvais parking à Venice Beach…

Et puis finalement, je vous parlerai de Lloyd, gérant d’un hostel à Thunder Bay, montreur d’ours en milieu quasi naturel, et pourvoyeur de gros câlins, et de sa femme Willa, qui se battait contre le cancer avec le sourire. Je vous raconterai ma rencontre avec Edward, qui m’a invité au resto à Malibu pour mon anniversaire. Je vous dirai le plaisir que j’ai eu à discuter avec Kerria à Vancouver, jouer au billard avec Simon à Jasper, prendre Eleanor en stop, regarder le débat Romney-Obama avec Father Tom à San Francisco… et tant d’autres.

Bien sûr il y eut aussi les moments de doutes, la solitude, les pannes, la santé qui vrille, le genou qui grince… mais putain c’était bon !
Ma voiture était ma maison, le parking du Wallmart était ma terrasse… et finalement, le continent entier était mon jardin.
Hors de ma zone de confort, j’ai finalement ressenti un peu de liberté, de plénitude, beaucoup de curiosité… et j’aurai pu vivre ça plus intensément si je ne m’étais pas un peu trop concentré sur les photos, mais ce sera l’objet d’un autre voyage et l’occasion de revenir !

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Dans quel contexte a été réalisé ce voyage ?

Dans un contexte de changement de vie, notamment après avoir changé de boulot, passant de juriste à photographe... et avec un PVT en poche au cas où l'envie me prendrait de bosser un peu.
J'avais pensé partir l'année précédente, mais il était trop tard pour obtenir un PVT, et de toutes façons ça tenait plus de la fuite qu'autre chose.
Mon activité de photographe débutait lentement, et c'était donc l'occasion de prendre le large, avec les économies réalisées lors de mon précédent job.

Pourquoi avoir choisi cette destination ?

Pour les grands espaces, pour "into the wild" (ouais je suis pas original), pour le potentiel photographique, pour la facilité de voyage, pour vivre l'élection américaine de l'intérieur...

Qu’est-ce que cela vous a appris ? Apporté ?

J'ai appris à parler anglais, déjà. A conduire une voiture automatique, aussi.
Et puis j'ai appris à voyager sans trop prévoir, à ne pas trop m'inquiéter de savoir ce que j'allais faire le lendemain, où j'allais dormir, etc...
J'ai appris à vivre "simplement" (toutes proportions gardées), à prendre le temps, à être débarrassé de certaines contraintes, à être un peu plus libre finalement.

Et puis tout simplement, ça m'a aidé à m'ouvrir un peu plus, à développer ma curiosité, à voir les choses différemment, selon la perspective des personnes vivant ici. J'ai rencontré des personnes en or, aux idées complètement différentes des miennes, avec qui j'ai pu échanger en toute décontraction (surtout à l'occasion des élections).

Photographiquement, j'ai bossé mes compositions et mes cadrages avant tout, avant d'essayer de progresser sur les lumières... le voyage apporte des nouveautés chaque jour, qui permettent d'être rarement à cours d'inspiration.

Si c’était à refaire ?

Je vais le refaire. Un jour.
Je prendrai un van un peu plus confortable, je mangerai moins au macdo, je resterai plus longtemps à certains endroits, irai un peu plus fouiller dans les coins moins touristiques, ferai de toutes autres photos, passerai moins de temps à faire et à traiter mes photos, et plus de temps à profiter de l'instant.

Quel matériel avez-vous utilisé, et quel post-traitement ?

J'avais emmené mon Canon 5dmkII, avec 4 objectifs :
Le canon 17-40 f4 pour les paysages.
Le canon 35mm f2 (ancienne version) pour les portraits et la street.
Le canon 50mm f1.8 pour... quelques rares portraits et paysages.
Le canon 200mm f2.8 L... au cas où ^^
Trépied manfrotto 4 sections en carbone (190 CXPRO4) : petit et léger. Il m'a servi pour toutes mes photos ou presque (sauf celles de street).
Lightroom et Photoshop